Pierre Cao (1937–2026)

Nous avons appris avec tristesse la disparition de Pierre Cao à l’âge de 88 ans. Chef de chœur et d’orchestre luxembourgeois, il a formé nombre de chefs de chœurs en France et en Europe. Il a également fondé l’INECC en Lorraine. Nous saluons sa vie consacrée à la transmission avec des musiciens amateurs comme professionnels et sommes reconnaissants pour son action influente sur la pédagogie du chant choral.


Pierre CAO : musicien, pédagogue, bâtisseur

Dans la vie d’un homme, il est des rencontres rares, marquantes, qui sont déterminantes dans son parcours de vie. Ma rencontre avec Pierre Cao a été de celles là.

Je me permets d’en évoquer trois moments, non pas pour me mettre en avant, mais pour témoigner des qualités humaines, artistiques et pédagogiques de cet homme exceptionnel.

Entre 1981 et 1983, le Mouvement A Cœur Joie confie à Pierre un cycle de formation de ses futurs « instructeurs », comme on disait à l’époque. J’ai eu la chance et le privilège d’en faire partie. J’ai découvert un musicien passionné, généreux, sensible, curieux. Un pédagogue exigeant, rigoureux, qui nous a amenés à nous questionner sur ce qu’est un chef de chœur et les champs de compétences à maîtriser, sur les progressions à construire.

Quelques années plus tard, entre 1986 et 1988, Pierre m’a accueilli dans la classe supérieure qu’il animait au Centre de Chant Choral de Namur en Belgique. Pendant deux années scolaires, j’ai pu approfondir avec lui ma formation, vivre un enseignement régulier à la direction de chœur au contact d’un pédagogue ouvert, toujours en questionnement et en recherche. Cela a profondément nourri la construction du cursus de la classe de direction chorale que j’étais en train de mettre en place au Conservatoire de Strasbourg.

En 1992, Pierre crée l’Institut Européen de Chant Choral, qui vient compléter en Lorraine le réseau des Centres d’Art Polyphonique (qui se sont développés en France depuis 1980). Le nom de la structure signifiait bien l’ambition de ce projet, qui n’a pas pu se réaliser complètement comme Pierre l’avait imaginé. Visionnaire, il voulait créer une seule structure transfrontalière entre la Lorraine, le Luxembourg et la Wallonie, trois territoires dans lesquels il était fortement impliqué, avec l’idée de l’élargir à la Sarre. Il était question à l’époque de la création d’un statut d’association transfrontalière européenne, qui n’a pas encore vu le jour… Pierre était trop en avance. Pragmatique, il a donc créé l’INECC Lorraine, L’INECC Luxembourg et un travail en réseau avec le Centre de Chant Choral de Namur. Directeur bénévole pendant les premières années, il m’a fait confiance en 1996 pour occuper le poste de directeur rémunéré pour lequel il venait d’obtenir les financements.

Pierre était donc également un bâtisseur (il l’a montré quelques années plus tard avec la création avec des Rencontres Musicales de Vezelay et du Chœur Arsys, accueilli au sein de la Cité de la Voix).

Je voudrais aussi mettre en évidence une autre dimension de la personnalité de Pierre : il est l’un des rares musiciens professionnels que je connaisse qui, tout au long de sa vie, a montré autant de respect, d’engagement, d’exigence pour le monde professionnel comme pour le monde amateur. Militant infatigable, il a toujours eu la volonté d’établir à tout moment des ponts, des rencontres, des passerelles entre le monde professionnel et le monde amateur, entre culture et éducation populaire (même s’il n’employait peut-être pas ce terme). Ce que nous avons tellement de mal à faire en France…

Pierre Cao a eu une grande influence dans la mutation importante du monde choral à partir des années 1980, et ce jusqu’à la fin de sa carrière. De ses débuts avec le chœur amateur des ouvriers de Dudelange jusqu’aux orchestres et chœurs professionnels internationaux, il a réussi à transmettre son amour de la musique, sa grande sensibilité, sa curiosité, dans une même recherche exigeante de qualité, de respect des œuvres et des publics, tout en s’adaptant aux personnes avec lesquelles il travaillait : permettre à chacun de progresser dans sa compréhension de la musique, dans l’acquisition de compétences artistiques et techniques pour pouvoir s’exprimer à son meilleur niveau, voilà ce qui était au cœur de son enseignement et de son action en tant que chef de chœur et d’orchestre. Merci Pierre. Puisses-tu continuer à nous inspirer longtemps.

Florent Stroesser, ancien président et membre d’honneur de l’IFAC.

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