Portraits d’anciens maîtrisiens

Ophélia Besson

Maîtrise de l’Opéra de Lyon (2006-2016)

Statut actuel : Cheffe de chœur et étudiante en direction de chœur au CNSMD de Lyon

Pourquoi la Maîtrise ?

Née dans une famille de musiciens, mes parents sont professeurs de musique. Quand ils ont vu que je n’arrêtais pas de chanter en maternelle et en CP, ils m’ont proposé de rejoindre une école où on ne fait que ça : la Maîtrise de l’Opéra de Lyon, c’était une évidence.

Avez-vous grandi dans un environnement propice à cette expérience maîtrisienne ?

Dans ma famille on est tous musiciens ; j’ai commencé le violon à la même époque, je baigne donc dans la musique depuis toujours : c’est venu un peu de façon naturelle.

J’ai une autre sœur qui était à la Maîtrise. On est 4 enfants, les deux autres ont fait les classes CHAM en instrument.

Son parcours

Je suis entrée à la Maîtrise de l’Opéra de Lyon en 2006 à l’âge de 7 ans et j’y suis restée jusqu’en 2016. Je suis partie en fin de 1ère car il y avait moins de productions et j’avais envie de voir autre chose.

Après la Maîtrise, j’ai arrêté de chanter un an car c’était une période dure à gérer ; je n’arrivais plus à chanter. La mue est difficile à gérer en maîtrise.

J’ai donc commencé la direction de chœur à la rentrée suivante à l’ENM de Villeurbanne et j’ai recommencé à chanter, ça me manquait trop : à Spirito dans le Jeune chœur symphonique sous la direction de Nicole Corti, et dans le chœur Mikrokosmos dirigé par Loïc Pierre.

Puis deux ans plus tard, j’ai passé le concours d’entrée au CNSMD de Lyon dans la classe de direction de chœur avec Lionel Sow, où j’ai été reçue en juin 2019. Au CNSMD, on a beaucoup de cours, et ça, j’adore.

« Quand j’étais petite je voulais devenir cheffe d’orchestre car diriger un orchestre, c’est comme jouer tous les instruments du monde en même temps. »

J’ai créé depuis un an mon ensemble vocal Syllepse avec pour objectif d’en faire un ensemble professionnel. Les chanteurs sont activement impliqués dans le projet de l’ensemble vocal.

Que vous a apporté la Maîtrise ?

Une exigence artistique : dès l’âge de 8 ans on est confronté à des productions professionnelles à l’Opéra donc on doit être aussi professionnels que des adultes. Quand on arrive sur scène, on a une maîtrise parfaite de nos partitions. On travaille avec de grands metteurs en scène et ils ne peuvent pas se permettre de répéter quinze fois où l’on va donc quand ils nous disent une chose, il faut qu’on enregistre et qu’on le fasse bien tout de suite. Et ensuite il y a le défi de la représentation.

Je trouve que ça développe une exigence artistique incroyable et donne un cadre. Avec mon chœur, quand je fais des répétitions, je sais instinctivement comment faire pour que ça se passe bien. Quand je fais mon planning ou que je commence ma répétition, je sais que je terminerai à l’heure et que je respecterai mon emploi du temps. J’ai été baignée dans cette exigence là pendant dix ans : ça infuse sans que l’on ne s’en rende compte.

Pluridisciplinarité : À la maîtrise on fait du chant, du piano, des claquettes, de l’expression corporelle, le travail de la scène, du chant choral, la formation musicale Kodaly et je faisais du violon à côté. On a une bonne dizaine de matières différentes et ça ajoute donc plein de cordes à notre arc.

Est-ce que ça vous plaisait ?

Je suis restée 10 ans à la Maîtrise donc c’est que ça m’a plu ! C’est génial et comme une grande partie des enfants qui sont passés par la Maîtrise, l’expérience la plus frappante que l’on vit est celle de la scène, c’est assez incroyable.

La chance qu’on a à la Maîtrise de l’Opéra, c’est qu’on est sur scène pour des opéras, avec des personnalités musicales et artistiques et on chante avec le chœur de l’opéra. On a toute une équipe qui s’occupe de nous, c’est démentiel ; quand on est enfant on ne se rend pas compte mais on nous fait bien comprendre qu’on a de la chance. C’est fou comme expérience !

Et c’est aussi pour cela que je suis partie la dernière année, il n’y avait plus assez de productions, on était moins occupés. La maîtrise s’organise pour qu’on ait du temps pour nos études. C’est un parti-pris d’alléger le programme pour les lycéennes qui passent le bac.

Mais personnellement, si je ne suis pas débordée je travaille moins bien que si je suis débordée.

Dans quelle mesure réutilisez-vous ce que vous avez appris à la Maîtrise ?

Aujourd’hui j’utilise une bonne partie de ces enseignements.

Le corporel est ce qui m’avait le moins plu parce qu’on nous demande d’être canalisés alors que j’étais plutôt excitée. L’expression corporelle et les claquettes me servent de façon moins consciente que la technique vocale, du piano, du chant choral. J’avais une formation musicale déjà très solide en arrivant à la maîtrise donc le déchiffrage et la FMK (formation méthodologique Kodaly) m’ont moins nourri ; mais sinon ça m’aurait beaucoup servi.

Je réutilise donc tout ce que j’ai appris à la Maîtrise.

Vous sentez-vous légitime dans votre pratique ?

Ça dépend du contexte : au CNSMD, j’ai encore du mal à me dire que je ne suis qu’une élève, mais aussi une cheffe. En revanche, lorsque je suis avec mon chœur ou qu’il n’y a pas de regard extérieur, ou lorsque je suis en concert, je me sens légitime.

Je pense que ce n’est pas une fin en soi d’être au CNSMD et de monter son chœur, il faut que ça marche. Au CNSMD, je pense qu’il ne faut pas se reposer sur ses lauriers une fois qu’on est rentré. J’avais l’impression que c’était une fin en soi quand je tentais le concours et maintenant que j’y suis, je me rends compte de tout le chemin à parcourir une fois qu’on est dedans et même après. Et j’espère que tout au long de ma vie je me remettrai en question et que je continuerai à apprendre de mon entourage et des personnes qui m’inspirent.

Et aujourd’hui ?

Je développe mon ensemble vocal Syllepse, en cherchant des financements notamment. Nous avons déjà des projets de concerts, d’enregistrement et de collaboration avec d’autres ensembles vocaux.

J’interviens aussi à la Maîtrise de l’Opéra de Lyon où je remplace de temps en temps Karine Locatelli (cheffe de chœur).

Elle me donne souvent les primaires (CE1, CE2, CM1, CM2) et quand je suis arrivée la première fois dans la salle de chœur, ce qui m’a vraiment interloqué, c’est le silence des enfants et leur discipline : ils sont arrivés deux par deux ultra disciplinés, et ils m’arrivaient à la taille.

« On est vraiment des bébés quand on arrive à la Maîtrise ».

J’étais un peu intimidée : j’admire tellement le travail de Karine ! Je devais présenter le meilleur de moi-même ! Et c’est génial comme expérience, les enfants chantent super bien, ils ont une vitesse d’apprentissage assez impressionnante : il faut les nourrir et leur donner envie. Je suis ravie de le faire régulièrement. Je suis très touchée par la confiance de Karine.

Je suis restée assez en contact avec mes anciens profs, car le fait d’y retourner ça aide beaucoup et je suis ravie à chaque fois de les revoir.

« La maîtrise, c’est quand même un peu une famille. »

Dans 10 ans, j’espère que …

… mon ensemble vocal Syllepse aura une belle assise, que mes chanteurs seront tous professionnels et rémunérés.

… j’aurai toujours cette avidité de l’apprentissage. J’espère que je serai toujours en train d’appeler des chefs pour leur demander de venir voir une répétition, d’aller les voir travailler, de travailler avec d’autres ensembles.

… je travaillerai dans une institution, car au-delà de la stabilité financière, une fois qu’on est dans une institution on peut faire les choses à sa sauce.

J’ai envie de faire des choses variées, une maison d’opéra, une maîtrise, un chœur déjà créé.

… je serai une artiste complète du point de vue de ma formation. Je pense que c’est fondamental de faire un peu de direction d’orchestre quand on est chef de chœur et d’être une très bonne chanteuse : c’est tellement incroyable une cheffe de chœur qui a un bel exemple vocal : il n’y a plus que la musique qui parle.

J’encourage les familles à inscrire leurs enfants à la maîtrise car c’est une super école, c’est très complet.

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